Fiche 8 – S’installer en France pour travailler en tant que salarié ou salariée
Avant que l’étudiant·e puisse demander un titre de séjour mention « salarié » ou « travailleur temporaire », son employeur doit obtenir une autorisation de travail.
I. La préparation du dossier et la demande d’autorisation de travail
La procédure pour demander une autorisation de travail par l’employeur est différente selon s’il s’agit d’un métier « en tension » ou non, c’est-à-dire s’il s’agit d’un métier pour lequel l’offre d’emploi n’est pas satisfaite par les demandeurs d’emploi présents sur le marché du travail et qui ont les compétences requises ou qui n’est pas « un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement »1.
Ainsi, s’il s’agit d’un métier en tension, l’employeur n’aura pas à démontrer qu’il n’a pas trouvé de candidat pour le poste et l’autorisation de travail ne pourra être refusée sur le motif de l’opposabilité de la situation de l’emploi2.
A l’inverse, s’il s’agit d’un emploi en vue d’exercer un métier qui n’est pas en tension, l’employeur devra prouver qu’il n’a pas trouvé de candidat pour ce poste. Pour cela, il devra au préalable publier une offre d’emploi auprès des organismes concourant au service public de l’emploi pendant un délai de trois semaines et qu’il démontre que cette offre n’a pas pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé3.
Pour savoir si un métier fait partie des métiers en tension, il faut consulter :
1. La liste de métiers dits « en tension » ouverts aux ressortissant·es d’États tiers à l’Union européenne publiée dans un arrêté du 21 mai 2025.
2. Les listes de métiers en tension inscrites dans des accords bilatéraux signés par la France, notamment le Bénin (16 métiers), le Burkina Faso (64 métiers), le Cap Vert (44 métiers), la République du Congo (Brazzaville) (15 métiers), le Gabon (9 métiers), la Géorgie (50 métiers), Maurice (61 métiers), Sénégal (108 métiers) et la Tunisie (77 métiers)4.
Pour publier l’annonce de poste, l’employeur n’est pas obligé de publier l’annonce sur le site de Pôle emploi uniquement : les organismes concourant au service public de l’emploi regroupe tous les organismes publics ou privés s’occupant du placement, de l’insertion, de la formation professionnelle ou encore de l’accompagnement des demandeurs d’emploi, et même les entreprises de travail temporaire.
1. Les pièces justificatives
L’employeur devra fournir à l’appui de la demande d’autorisation de travail :
– un document attestant du dépôt de l’offre d’emploi auprès d’un organisme du service public de l’emploi et de sa publication pendant 3 semaines :
– un document établi par l’employeur mentionnant le nombre de candidatures reçues et attestant de l’absence de candidat répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé :
– le CV de l’étudiant·e et la copie recto-verso de son titre de séjour;
– son dernier avis d’imposition s’il s’agit d’un employeur particulier ;
– lorsque l’exercice de l’activité est soumis à des conditions réglementaires spécifiques, les justificatifs attestant que ces conditions sont remplies ;
– Si l’emploi est proposé à un·e étudiant·e qui a terminé ses études en France (Master ou licence professionnelle) ou qu’il bénéficie d’une carte « recherche d’emploi ou création d’entreprise », l’employeur devra fournir les diplômes obtenus en France et à l’étranger (dans ce cas, la situation de l’emploi n’est pas opposable dans certaines conditions).
2. Le dépôt de la demande
Le dossier doit être déposé par l’employeur sur le site de l’Anef (Administration étrangers en France).
La procédure est totalement dématérialisée. Les informations doivent donc être saisies en ligne et les documents téléchargés un par un sur le site. Cela veut dire également qu’il n’existe plus de guichet auquel l’étudiant⋅e peut s’adresser pour connaître l’avancé de son dossier.
Une fois la demande d’autorisation de travail déposée, un récépissé est généré automatiquement et peut être téléchargé par l’employeur.
II. L’instruction de la demande
L’examen et l’attribution des autorisations de travail sont faits par les services préfectoraux, via les plateformes dématérialisées. Il existe sept plateformes interrégionales de la main-d’œuvre étrangère dont une spécialisée pour les travailleurs saisonniers.
Les plateformes examineront, dans un délai de 2 mois à compter de la demande, l’ensemble des critères de délivrance de l’autorisation de travail5, à savoir :
– que l’employeur respecte les obligations déclaratives sociales liées à son statut ou son activité (absence de travail dissimulé), qu’il n’a pas été condamné pénalement pour travail illégal ou pour avoir méconnu des règles de santé et de sécurité au travail ou fait l’objet de sanctions administratives dans ces matières ;
– que les conditions sont réunies pour l’exercice d’une profession réglementée le cas échéant ;
– que l’employeur a bien recherché des candidates ou des candidats déjà présents sur le marché du travail (dépôt d’une offre d’emploi publique pendant 3 semaines minimum et aucune candidature correspondant aux critères d’embauche définis) ;
– que l’emploi est en adéquation avec les diplômes ou l’expérience de l’étudiant·e, peu importe que le diplôme ait été obtenu ou non6.
Remarque : même si les conditions sont réunies, le préfet peut encore refuser de délivrer une autorisation de travail si le projet de recrutement est manifestement disproportionné au regard de l’activité économique de l’employeur, du donneur d’ordre, de l’entreprise utilisatrice ou de l’entreprise accueil7.
L’autorisation de travail accordée permettra l’attribution du titre de séjour correspondant, soit une carte de séjour temporaire avec la mention « salarié », s’il s’agit d’un CDI (contrat à durée indéterminé), soit « travailleur temporaire », s’il s’agit d’un emploi en CDD (contrat à durée déterminé).
Ce n’est qu’à l’issue de la procédure de demande d’autorisation de travail par le futur employeur que l’étudiant ou l’étudiante devra se pourra obtenir son titre de séjour, dans dans les 2 mois précédant l’expiration de la carte « étudiant » ou « étudiant-programme de mobilité » ou encore « recherche d’emploi ou création d’entreprise ». Selon les préfectures, la démarches se fait via le site Démarches simplifiées, par voie postale ou en personne au guichet de la préfecture du lieu de résidence : il faut donc vérifier sur le site de chaque préfecture les différentes modalités de dépôt.
III. Les facilités accordés à certains étudiants et étudiantes
Certains étudiants et étudiantes bénéficient de facilités lors d’un changement de statut. Tel est le cas des étudiants et étudiantes titulaires d’un diplôme de niveau master ou d’une licence professionnelle, pour qui – sous certaines conditions – la situation de l’emploi n’est pas opposable. D’autres peuvent bénéficier d’un titre de séjour, la carte « talent » qui n’impose pas l’obtention d’une autorisation de travail : il s’agit des étudiant·es qui bénéficient de salaires élevés, ou qui ont trouvé un emploi dans une entreprise innovante.
1. La carte de séjour mention « recherche d’emploi ou création d’entreprise »
Les étudiantes et les étudiants diplômés d’un master (ou d’un diplôme équivalent), d’une licence professionnelle ou d’un diplôme de niveau I
(devenu niveau 7) labellisé par la Conférence des grandes écoles (ce qui correspond à un Bac +5) peuvent, à l’issue de leurs études, obtenir une carte de séjour « recherche d’emploi ou création d’entreprise ».
Cette carte permet :
- de chercher un emploi pour une durée d’1 an tout en restant en situation régulière
- d’exercer une activité salariée, et ce, sans que s’applique le plafond des 964 heures annuelles qui s’impose aux étudiant·es titulaires d’une carte de séjour mention « étudiant »
- de changer de statut plus facilement puisque la situation de l’emploi ne sera pas opposable si cet emploi se situe dans le prolongement de la formation ou des recherches, et à condition qu’il soit rémunéré plus d’1,5 fois le Smic mensuel, soit 2 734,55 € bruts, en 2026.
La demande doit être déposée dans l’année suivant l’obtention du diplôme8.
Les pièces à présenter à l’appui de la demande de la carte « recherche d’emploi et création d’entreprise » sont :
– un passeport ou un autre justificatif de la nationalité et de l’état civil (carte consulaire, carte d’identité, etc.),
– la carte de séjour mention « étudiant » ou « étudiant-programme de mobilité », « chercheur » ou « chercheur – programme de mobilité » en cours de validité,
– un diplôme équivalent au grade master ou un diplôme de licence professionnelle,
– un justificatif d’assurance maladie.
La décision du préfet sur la demande de titre de séjour « recherche d’emploi ou création d’entreprise est notifiée à l’étranger au plus tard dans les 90 jours suivant le dépôt de la demande complète, l’absence de décision à l’issue de ce dalai valant rejet implicite (Ceseda, R. 422-12).
La taxe à acquitter pour la délivrance de ce titre de séjour est de 50 € pour les titulaires d’une carte mention « étudiant » (Ceseda, art. L. 436-1).
Il est possible pour les ressortissants et ressortissantes de certains pays de demander une autorisation provisoire de séjour (APS) délivrée aux étudiant·es ayant obtenu un diplôme équivalent master ou une licence professionnelle sur le fondements des accords bilatéraux entre ces pays et la France, mais les dispositions de ces accords sont le plus souvent moins favorables que celles concernant le carte « recherche d’emploi ou création d’entreprise »9.
2. La carte de séjour mention « salarié » ou « travailleur temporaire » pour les étudiant⋅es diplômé⋅es
Les étudiantes et les étudiants diplômés d’un master (ou d’un diplôme équivalent), d’une licence professionnelle ou d’un diplôme de niveau I (devenu niveau 7) labellisés par la Conférence des grandes écoles et qui gagnent plus d’1,5 le Smic mensuel (2 734,55 € bruts au 1er janvier 2026)10 peuvent obtenir une carte de séjour temporaire mention « travailleur temporaire » ou mention « salarié » sans que la situation ne leur soit opposable11.
Le code du travail précise que le diplôme doit avoir été obtenu dans l’année12.
La carte mention « travailleur temporaire » est délivrée aux étudiant·es qui ont trouvé un CDD ; la carte de séjour mention « salarié » à celles et ceux qui ont trouvé un CDI. Dans les deux cas, l’administration vérifie que sont satisfaites les autres conditions de délivrance de l’autorisation de travail : l’adéquation entre le poste et le diplôme et l’expérience du candidat, le respect par l’employeur de la législation sur le droit du travail, le respect du salaire horaire minimum légal ou conventionnel (voir I.). La procédure est la même que pour les autres étudiant·es qui souhaitent un changement de statut.
3. La carte de séjour pluriannuelle mention « talent-salarié qualifié »
Le titre de séjour « talent » peut être délivré aux personnes diplômées d’un master ou d’un master spécialisé lorsque celles-ci sont titulaires d’un contrat de travail de plus 3 mois qui prévoit une rémunération brute annuelle supérieure ou égale à 39 582 €13. Les éléments du contrat de travail doivent être renseignés sur le site de l’Anef.
Les autres pièces à fournir sont :
– un visa long séjour en cours de validité ;
– un justificatif d’état civil et de nationalité (passeport, carte consulaire, carte d’identité, etc.) ;
– 3 photos d’identité ;
– le justificatif du paiement du droit de timbre (25€) et du paiement de la taxe sur le titre de séjour (225 €) par timbres fiscaux ;
– les copies du diplôme et contrat de travail1.
La demande doit être faite en ligne sur le site de l’Anef. Une autorisation de travail n’est pas requise. Le titre de séjour, s’il est accordé, donne droit à exercer l’activité professionnelle ayant justifié la délivrance du titre de séjour.
Un ou une étudiante étrangère peut également, le cas échéant, obtenir une carte mention « talent » lorsqu’il ou elle obtient un contrat de travail au sein d’une entreprise ayant le statut de « jeune entreprise innovante », à condition que l’étudiant·e participe au projet de recherche et de développement de l’entreprise d’une part et, d’autre part, perçoive une rémunération annuelle brute au moins égale à 2 fois le Smic annuel. La durée de son titre de séjour est identique à la durée du contrat de travail présenté.
À l’appui de sa demande, l’étudiant·e présente tout document établissant la qualité de « jeune entreprise innovante » de l’entreprise au sein de laquelle il ou elle a été employée, ainsi que le lien direct de l’emploi sollicité avec le projet de recherche et de développement de l’entreprise. Le ministère de l’économie doit délivrer à l’entreprise une attestation reconnaissant son caractère innovant
La demande doit être faite en ligne, sur le site de l’Anef. Une autorisation de travail n’est pas requise. Le titre de séjour, s’il est accordé, donne droit à exercer l’activité professionnelle ayant justifié la délivrance du titre de séjour.
4. La carte pluriannuelle « talent » en qualité de salarié∙e d’une entreprise innovante
Un ou une étudiante étrangère peut également obtenir une carte mention « talent-salarié qualifié » lorsqu’il ou elle obtient un contrat de travail au sein d’une entreprise ayant le statut de « jeune entreprise innovante » au sens de l’article 44 sexiès 0A du code général des impôts (CGI)14, à condition que l’étudiant·e participe au projet de recherche et de développement de l’entreprise d’une part et, d’autre part, perçoive une rémunération annuelle supérieure ou égale à 39 582 €.15
À l’appui de sa demande, l’étudiante ou l’étudiant doit présenter tout document établissant la qualité de « jeune entreprise innovante » de l’entreprise au sein de laquelle il ou elle a été employée, ainsi que le lien direct de l’emploi sollicité avec le projet de recherche et de développement de l’entreprise. Les critères permettant de dire qu’une entreprise est innovante sont fixés à l’article D. 421-17 du Ceseda. Le ministère de l’économie doit délivrer à l’entreprise une attestation reconnaissant son caractère innovant.
5. La carte de séjour pluriannuelle mention « talent-carte bleue européenne »
Pour obtenir un changement de statut vers le titre « talent-carte bleue européenne » en qualité de salarié hautement qualifié/rémunéré, l’étudiant ou l’étudiante doit occuper un emploi de ce type pour une durée égale ou supérieure à 1 an, et justifier d’un diplôme sanctionnant au moins 3 années d’études supérieures ou d’une expérience professionnelle d’au moins 5 ans d’un niveau comparable. Ce titre, d’une durée égale à celle figurant sur le contrat de travail, porte la mention « carte bleue européenne »16.
Surtout, l’emploi occupé doit être assorti d’une rémunération au moins égale à 1,5 fois le salaire moyen brut de référence, soit 39 582 € par an17 ; le salaire brut requis pour obtenir un « talent-carte bleue européenne » s’élève donc au moins à 59 373 € bruts par an (soit plus de 4 947,75 € par mois).
Les éléments du contrat de travail doivent être renseignés sur le site de l’Anef. Une autorisation de travail n’est pas requise. Le titre de séjour, s’il est accordé, donne droit à exercer l’activité professionnelle ayant justifié la délivrance du titre de séjour.
La demande doit être faite en ligne sur le site de l’Anef. Elle doit être faite en ligne sur le site de l’Anef, entre le 120e jour et le 60e jour avant l’expiration du titre de séjour mention « étudiant ».
Remarque : en cas de dépôt tardif de demande de titre sur l’Anef, l’étudiant·e ne pourra pas prétendre à une attestation de prolongation de l’instruction si le titre de séjour « étudiant » expire avant la fin de l’instruction de la demande de titre de séjour « talent ». Dans ce cas, l’étudiant·e ne bénéficiera que d’une attestation de confirmation de dépôt de la demande de titre, attestation qui est générée automatiquement au moment du dépôt mais qui ne justifie pas de la régularité du séjour.
Remarque : les titulaires de cette carte bénéficient de procédures très allégées pour faire venir leur conjoint·e et leurs enfants en France qui se voient délivrer une carte « talent (famille) » si la famille était déjà constituée dans un État membre de l’Union européenne où elle était admise au séjour. Il faut faire la demande dans le mois qui suit l’entrée en France ; le visa long séjour n’est pas requis18.
- Ceseda, article L. 421-4. ↩︎
- Ceseda, article L. 421-4. ↩︎
- Code du travail, art. L. 5221-21, 1°. ↩︎
- Voir les accords bilatéraux. ↩︎
- Code du travail, article R. 5221-20. ↩︎
- Conseil d’État, 28 novembre 2024, no 485306. ↩︎
- Code du travail, article R. 5221-20-1. ↩︎
- Ceseda, article R. 422-14. ↩︎
- Voir la liste des accords bilatéraux. ↩︎
- Code du travail, art. D. 5221-21-1. ↩︎
- Ceseda, article L. 421-4 ; code du travail, art. D. 5221-21-1. ↩︎
- Code du travail, article R. 5221-21. ↩︎
- Voir l’arrêté du 29 août 2025 relatif au montant du salaire brut moyen annuel de référence pour la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention « talent-salarié qualifié » et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention « talent-carte bleue européenne », NOR : INTV2520646A. ↩︎
- Ceseda, article L. 421-9 ↩︎
- Voir l’arrêté du 29 août 2025. ↩︎
- Ceseda, article L. 421-11. ↩︎
- Voir l’arrêté du 29 août 2025. ↩︎
- Ceseda, article L. 421-23. ↩︎